Dimanche 8 janvier 2006

 

 « Extraits de Tahiti Pacifique magazine n°135 juillet 2002 » Stuart Dunn   

 

 

  

 

Le magnifique atoll de Palmerston est l’île la plus occidentale des Cook, situé à environ 540 Km au sud de Suvarov. L’autre île habitée la plus proche est l’île de Niue ; à 769 km à l’ouest. On comprend l’isolement de cet atoll qui consiste en un anneau continu de récif entourant  un lagon peu profond. Il mesure 8km du nord au sud par 4km de large. Sur le récif sont posés huit motu, une surface de terre émergée d’environ 400 hectares en tout. Tous les motu sont boisés de cocotiers, de pandanus et de quelques pisonias.   

 

Le premier européen à avoir découvert  l’atoll fut le capitaine James Cook le 16 juin 1774, lors de son deuxième voyage dans le pacifique sud sur les navires Resolution   et Adventure. Il a nommé l’atoll en l’honneur de  lord Palmerston, lord supérieur de  l’Amirauté à cette époque. 

Les scientifiques à bord des bateaux firent d’intéressantes observations sur les formations de récif de corail, les oiseaux, les poissons, les crabes et ( étonnant) des rats, le tout enregistré dans le compte-rendu du voyage.

 courtesy of the National Library of Australia. Carte du second voyage de J COOK

 L’île était alors inhabitée et il n’y avait aucun signe d’habitant hormis les débris d’une pirogue échouée sur le récif. Mais, selon le missionnaire William Gill, 12 tombes anciennes ont été par la suite découvertes, tout comme plusieurs herminettes en basalte, preuve qu’il y a eu une occupation polynésienne  dans la période pré européenne. La tradition des îles Cook dit que le nom polynésien de l’atoll était Avarau, ce qui signifie les " deux cents ports ".  

La prochaine visite sur l’atoll de Palmerston fut effectuée le 1 er avril 1797 par le bateau missionnaire Duff de la London Missionary Society, lequel venait de déposer des missionnaires à Papeete…

 

Brander de Tahiti     

A partir de 1855 , un commerçant écossais du nom de John Brander établi à Tahiti ou il épousa une princesse de la famille Pomare, fit des arrêts réguliers sur l’atoll afin d’y collecter des  noix de coco et des bêches de mer  pour ses clients orientaux.   

 

En 1863  le contremaître qu’il avait installé sur l’atoll ne pouvait plus supporter la solitude de l’île ; Au hasard d’une escale, il rencontra sur la petite île de Manuae (au sud de  Rarotonga) un compatriote de Birmingham, un charpentier de marine du nom de William Marsters.

 

Comment ce marin   a échoué dans  le pacifique sud, cela reste inconnu. Brander l’embaucha pour aller sur Palmerston afin  de surveiller « ses intérêts » sur l’atoll. Mais le destin fit qu’à la même époque le chemin  de fer qui traversait l’Amérique était terminé, et il en découla que le commerce de Brander se pratiquait désormais essentiellement avec San Francisco et non plus l’Australie comme auparavant. Les bateaux de Brander ne retournèrent donc jamais à Palmerston, abandonnant ainsi le pauvre Marsters sur son île et à son sort.  

                                                                     W Marsters et sa famille

Mais Marsters s’accommoda très bien  de cet abandon, car il avait une famille avec lui. En effet il était venu de  Manuae deux femmes polynésiennes, deux sœurs de l’île Penrhyn     ( Tongavera aux îles Cook du Nord). Il ajouta bientôt  une troisième femme  de la même île à ce harem original pour cette région du monde. Et c’est ainsi qu’il engendra non moins de 27 enfants loin des pasteurs, gouvernements ou autres moralisateurs en herbe. Véritable roi autocrate car oublié du reste du monde, il maintint une stricte discipline et, malgré sa polygamie, inculqua un strict respects des règles chrétiennes  à sa communauté et à ses descendants.  

 

Pour maintenir la paix, donc éviter les conflits, il divisa l’atoll ( et l’île principale ou toute sa tribu habitait) en trois parties. Chaque division était attribuée à l’une des  femmes de Williams Marsters et sa descendance. Il y  avait la « tête »(Head) le « centre »( middle) et les «  jambes » (legs) . Le centre était la branche issue de la seule femme légitime de Marsters. C’est ce clan qui occupe d’ailleurs le centre du motu ou se trouve le village, section qui abrite l’église e et un monticule de sable de sept mètres de haut crée par les habitants à la force des bras, point le plus haut de l’île, sur lequel les habitants se mettent en sécurité lorsqu’un cyclone est de passage.  

                                                                                   La tombe de W Marsters

Confirmé propriétaire 

 

Après la mort de son époux Brander, la princesse Titua, qui se révéla vite être une femme d’affaires très avertie, prit sa succession. C’est elle qui déposa auprès du consul britannique de Tahiti une demande de titre de propriété sur l’atoll pourtant abandonné par son mari 20 ans plutôt. Après 8 années de procès, d’enquêtes et autres commissions, la Couronne britannique décida en 1891 de décerner le titre de propriété de l’atoll de Palmerston à William Marsters, justifiant sa décision sur la réalité de la longue présence ininterrompue, mais aussi sur le fait que lui et ses femmes et ses enfants aient planté plus de 200000 cocotiers sur l’atoll sans que Brander ne  lui ait versé le moindre « tara ». En 1954 le Parlement de la Nouvelle-Zélande vota un décret  attribuant l’atoll de manière définitive aux « habitants natifs de Palmerston et à leurs descendants », c'est-à-dire l’entière succession de William Marsters.

 

      Les adultes de l'île, tous descendants de W. Marsters et leurs  enfants

Dans tout le Pacifique   

En 1899, le vieux Marsters rendit son dernier soupir, entouré de son clan qui ne cessait de croître. Aujourd’hui les descendants des trois lignées polynésiennes composent toujours les seuls habitants de l’île. D’abord les Marsters se sont mariés entre les différents clans( jamais le même) puis à partir de 1910 quand une goélette a commencé à desservir l’île  une fois par an, ils ont épousé des habitants des atolls environnants et ainsi s’est développée une population forte et saine. Tous ces habitants parlent, avec le maori des îles Cook, un excellent anglais teinté d’un fort accent du Gloucestershire, marque indélébile que leur tapuna  (aïeul) écossais leur a légué.


Alors que moins de 70 habitants vivent sur place on estime qu’aujourd’hui William Marsters est à l’origine de  quelques 2000 personnes que l’on retrouve pratiquement dans  toutes les îles du Pacifique sud, surtout en Nouvelle-Zélande et même à Tahiti. Les Marsters sont connus pour être des gens  honnêtes, travailleurs et respectueux de  la loi. Leurs maisons sont propres et accueillantes, bien qu’elles aient été construites avec les débris de 9 navires échoués  s
ur le récif entre 1890 et 1936.  

 

L’ardeur au travail et l’opiniâtreté de cette famille ont certainement été façonnés par les conditions de survie difficile sur l’atoll. En effet Palmerston se trouve sur la « ceinture des cyclones » et c’est un malheur après l’autre qui a frappé l’île : en décembre 1883 il y eut une tempêt sévère qui détruisit tous les cocotiers plantés. Le cyclone de 1914 détruisit maisons et récoltes. En 1923 un autre ouragan nivela 27 des 30 maisons et aussi les récoltes. Ensuite en avril 1926 un autre cyclone frappa l’île. . Hommes femmes et enfants ont alors  pour une nième fois réparés les dégâts et replantés des cocotiers. Ils commençaient juste à se remettre de ce désastre et des tempêtes de janvier et février 1931 lorsqu’un autre cyclone ravagea l’île en févier 1935, ne laissant cette fois que du poisson comme alimentation. Lorsque leur nouveau calvaire fut connu plusieurs mois plus tard, le gouvernement   pour la première fois leur envoya quelques sacs de vivres, mais ils durent tout reconstruire par eux-même.

 

 

 

 

 

cyclone sur les Cook en 2004 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gestion originale   

Aujourd’hui la rue principale du village est une large voie  sablonneuse bordée de cocotiers. Tout est propre et rangé ; maisons en boisou ciment avec toits ondulés. Certaines ont des générateurs d’électricité et depuis peu suite à un don de l’électricité de NZ un réseau enterré, non sensible aux cyclones permet d’avoir de l’électricité à certaines heures. Tout est récupéré : deux bidons de 200 litres permettent de faire les murs d’un cabanon.  Les dames de l’île sont réputées pour leurs excellents travaux d’artisanat, en particulier les chapeaux et les éventails finement tressés avec du niau ( jeunes feuilles de noix de coco bouillies)   

Malgré cette apparente béatitude, la famille Marsters vit des tensions sur l’île : certains veulent un terrain d’aviation d’autres s’y refusent. Le nouveau temple en parpaings et tôle ondulée ne fait pas l’unanimité : beaucoup auraient voulu préserver 

l’ancien  construit avec le bois de récupération,                                                               Rue principale

 du pont, coque et même portes des cabines

d’un navire français, le Tour d'Auvergne, qui s’était déchiré  sur le récif  en 1913.  La population est aussi fortement loyale envers la Reine Elizabeth II qu’ils disent être une parente éloignée. Des portraits de la Reine sont présents dans chaque maison.

                                  Maison de W Marsters, construite avec les épaves des grands voiliers

 

Environ 60 yachts s’arrêtent chaque année. C’est le seul moyen d’aborder l’île, à moins de prendre place dans la croisière annuelle du petit paquebot Lindblad Explorer qui y fait une courte escale.

Stuart Dunn 

Par Michel betant - Publié dans : palmerston.island
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