Dimanche 8 janvier 2006

 

 « Extraits de Tahiti Pacifique magazine n°135 juillet 2002 » Stuart Dunn   

 

 

  

 

Le magnifique atoll de Palmerston est l’île la plus occidentale des Cook, situé à environ 540 Km au sud de Suvarov. L’autre île habitée la plus proche est l’île de Niue ; à 769 km à l’ouest. On comprend l’isolement de cet atoll qui consiste en un anneau continu de récif entourant  un lagon peu profond. Il mesure 8km du nord au sud par 4km de large. Sur le récif sont posés huit motu, une surface de terre émergée d’environ 400 hectares en tout. Tous les motu sont boisés de cocotiers, de pandanus et de quelques pisonias.   

 

Le premier européen à avoir découvert  l’atoll fut le capitaine James Cook le 16 juin 1774, lors de son deuxième voyage dans le pacifique sud sur les navires Resolution   et Adventure. Il a nommé l’atoll en l’honneur de  lord Palmerston, lord supérieur de  l’Amirauté à cette époque. 

Les scientifiques à bord des bateaux firent d’intéressantes observations sur les formations de récif de corail, les oiseaux, les poissons, les crabes et ( étonnant) des rats, le tout enregistré dans le compte-rendu du voyage.

 courtesy of the National Library of Australia. Carte du second voyage de J COOK

 L’île était alors inhabitée et il n’y avait aucun signe d’habitant hormis les débris d’une pirogue échouée sur le récif. Mais, selon le missionnaire William Gill, 12 tombes anciennes ont été par la suite découvertes, tout comme plusieurs herminettes en basalte, preuve qu’il y a eu une occupation polynésienne  dans la période pré européenne. La tradition des îles Cook dit que le nom polynésien de l’atoll était Avarau, ce qui signifie les " deux cents ports ".  

La prochaine visite sur l’atoll de Palmerston fut effectuée le 1 er avril 1797 par le bateau missionnaire Duff de la London Missionary Society, lequel venait de déposer des missionnaires à Papeete…

 

Brander de Tahiti     

A partir de 1855 , un commerçant écossais du nom de John Brander établi à Tahiti ou il épousa une princesse de la famille Pomare, fit des arrêts réguliers sur l’atoll afin d’y collecter des  noix de coco et des bêches de mer  pour ses clients orientaux.   

 

En 1863  le contremaître qu’il avait installé sur l’atoll ne pouvait plus supporter la solitude de l’île ; Au hasard d’une escale, il rencontra sur la petite île de Manuae (au sud de  Rarotonga) un compatriote de Birmingham, un charpentier de marine du nom de William Marsters.

 

Comment ce marin   a échoué dans  le pacifique sud, cela reste inconnu. Brander l’embaucha pour aller sur Palmerston afin  de surveiller « ses intérêts » sur l’atoll. Mais le destin fit qu’à la même époque le chemin  de fer qui traversait l’Amérique était terminé, et il en découla que le commerce de Brander se pratiquait désormais essentiellement avec San Francisco et non plus l’Australie comme auparavant. Les bateaux de Brander ne retournèrent donc jamais à Palmerston, abandonnant ainsi le pauvre Marsters sur son île et à son sort.  

                                                                     W Marsters et sa famille

Mais Marsters s’accommoda très bien  de cet abandon, car il avait une famille avec lui. En effet il était venu de  Manuae deux femmes polynésiennes, deux sœurs de l’île Penrhyn     ( Tongavera aux îles Cook du Nord). Il ajouta bientôt  une troisième femme  de la même île à ce harem original pour cette région du monde. Et c’est ainsi qu’il engendra non moins de 27 enfants loin des pasteurs, gouvernements ou autres moralisateurs en herbe. Véritable roi autocrate car oublié du reste du monde, il maintint une stricte discipline et, malgré sa polygamie, inculqua un strict respects des règles chrétiennes  à sa communauté et à ses descendants.  

 

Pour maintenir la paix, donc éviter les conflits, il divisa l’atoll ( et l’île principale ou toute sa tribu habitait) en trois parties. Chaque division était attribuée à l’une des  femmes de Williams Marsters et sa descendance. Il y  avait la « tête »(Head) le « centre »( middle) et les «  jambes » (legs) . Le centre était la branche issue de la seule femme légitime de Marsters. C’est ce clan qui occupe d’ailleurs le centre du motu ou se trouve le village, section qui abrite l’église e et un monticule de sable de sept mètres de haut crée par les habitants à la force des bras, point le plus haut de l’île, sur lequel les habitants se mettent en sécurité lorsqu’un cyclone est de passage.  

                                                                                   La tombe de W Marsters

Confirmé propriétaire 

 

Après la mort de son époux Brander, la princesse Titua, qui se révéla vite être une femme d’affaires très avertie, prit sa succession. C’est elle qui déposa auprès du consul britannique de Tahiti une demande de titre de propriété sur l’atoll pourtant abandonné par son mari 20 ans plutôt. Après 8 années de procès, d’enquêtes et autres commissions, la Couronne britannique décida en 1891 de décerner le titre de propriété de l’atoll de Palmerston à William Marsters, justifiant sa décision sur la réalité de la longue présence ininterrompue, mais aussi sur le fait que lui et ses femmes et ses enfants aient planté plus de 200000 cocotiers sur l’atoll sans que Brander ne  lui ait versé le moindre « tara ». En 1954 le Parlement de la Nouvelle-Zélande vota un décret  attribuant l’atoll de manière définitive aux « habitants natifs de Palmerston et à leurs descendants », c'est-à-dire l’entière succession de William Marsters.

 

      Les adultes de l'île, tous descendants de W. Marsters et leurs  enfants

Dans tout le Pacifique   

En 1899, le vieux Marsters rendit son dernier soupir, entouré de son clan qui ne cessait de croître. Aujourd’hui les descendants des trois lignées polynésiennes composent toujours les seuls habitants de l’île. D’abord les Marsters se sont mariés entre les différents clans( jamais le même) puis à partir de 1910 quand une goélette a commencé à desservir l’île  une fois par an, ils ont épousé des habitants des atolls environnants et ainsi s’est développée une population forte et saine. Tous ces habitants parlent, avec le maori des îles Cook, un excellent anglais teinté d’un fort accent du Gloucestershire, marque indélébile que leur tapuna  (aïeul) écossais leur a légué.


Alors que moins de 70 habitants vivent sur place on estime qu’aujourd’hui William Marsters est à l’origine de  quelques 2000 personnes que l’on retrouve pratiquement dans  toutes les îles du Pacifique sud, surtout en Nouvelle-Zélande et même à Tahiti. Les Marsters sont connus pour être des gens  honnêtes, travailleurs et respectueux de  la loi. Leurs maisons sont propres et accueillantes, bien qu’elles aient été construites avec les débris de 9 navires échoués  s
ur le récif entre 1890 et 1936.  

 

L’ardeur au travail et l’opiniâtreté de cette famille ont certainement été façonnés par les conditions de survie difficile sur l’atoll. En effet Palmerston se trouve sur la « ceinture des cyclones » et c’est un malheur après l’autre qui a frappé l’île : en décembre 1883 il y eut une tempêt sévère qui détruisit tous les cocotiers plantés. Le cyclone de 1914 détruisit maisons et récoltes. En 1923 un autre ouragan nivela 27 des 30 maisons et aussi les récoltes. Ensuite en avril 1926 un autre cyclone frappa l’île. . Hommes femmes et enfants ont alors  pour une nième fois réparés les dégâts et replantés des cocotiers. Ils commençaient juste à se remettre de ce désastre et des tempêtes de janvier et février 1931 lorsqu’un autre cyclone ravagea l’île en févier 1935, ne laissant cette fois que du poisson comme alimentation. Lorsque leur nouveau calvaire fut connu plusieurs mois plus tard, le gouvernement   pour la première fois leur envoya quelques sacs de vivres, mais ils durent tout reconstruire par eux-même.

 

 

 

 

 

cyclone sur les Cook en 2004 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gestion originale   

Aujourd’hui la rue principale du village est une large voie  sablonneuse bordée de cocotiers. Tout est propre et rangé ; maisons en boisou ciment avec toits ondulés. Certaines ont des générateurs d’électricité et depuis peu suite à un don de l’électricité de NZ un réseau enterré, non sensible aux cyclones permet d’avoir de l’électricité à certaines heures. Tout est récupéré : deux bidons de 200 litres permettent de faire les murs d’un cabanon.  Les dames de l’île sont réputées pour leurs excellents travaux d’artisanat, en particulier les chapeaux et les éventails finement tressés avec du niau ( jeunes feuilles de noix de coco bouillies)   

Malgré cette apparente béatitude, la famille Marsters vit des tensions sur l’île : certains veulent un terrain d’aviation d’autres s’y refusent. Le nouveau temple en parpaings et tôle ondulée ne fait pas l’unanimité : beaucoup auraient voulu préserver 

l’ancien  construit avec le bois de récupération,                                                               Rue principale

 du pont, coque et même portes des cabines

d’un navire français, le Tour d'Auvergne, qui s’était déchiré  sur le récif  en 1913.  La population est aussi fortement loyale envers la Reine Elizabeth II qu’ils disent être une parente éloignée. Des portraits de la Reine sont présents dans chaque maison.

                                  Maison de W Marsters, construite avec les épaves des grands voiliers

 

Environ 60 yachts s’arrêtent chaque année. C’est le seul moyen d’aborder l’île, à moins de prendre place dans la croisière annuelle du petit paquebot Lindblad Explorer qui y fait une courte escale.

Stuart Dunn 

Par Michel betant - Publié dans : palmerston.island
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Mercredi 4 janvier 2006

Localisation et  environnement de l'atoll de Palmerston

Conseils pour les navigateurs 

En quittant la Polynésie à Bora Bora,  faire route au 240° sur Aitutaki, l’un des ports d’entrée des îles Cook, en s’arrêtant à Mopélia, magnifique atoll polynésien. La traversée vers les Cook représente 450 miles, avec en général un vent portant de sud-est très agréable. Après une escale fruits et légumes( très bon marché), essence, riz et farine à Aitutaki, faire route plein Ouest sur Palmerston situé à 200 miles, pour y arriver en début de journée.

Dans un isolement total, cet anneau corallien de 8 Km sur 4 est constitué de 8 îlots, dont un seul regroupe l’ensemble de la population. Cocotiers, pandanus et aussi quelques majestueux acajous boisent cette étroite langue de terre. . Des vents violents, principalement  en janvier et février, dévastent chaque année une partie du village, reconstruite aussitôt avec la même détermination .

Deux solutions s’offrent pour l’ancrage: un tirant d’eau de moins de 1.2m  permet de rentrer dans le lagon. Au-delà, c’est l’ancrage extérieur en face de la passe ( 18°03.5’S /163°12.3’W) à 80 mètres du récif, et par 15 mètres sur un fond corallien qui tient très bien. En cas de vent d’ouest  soutenu, les habitants peuvent indiquer un ancrage à l’est de l’un des îlots.

Il existe à Palmerston un téléphone international et Internet, don de la Nouvelle Zélande.Consulter aussi les sites de yachties qui décrivent leur séjour.

 

L’étape suivante sera soit NIUE (387miles) le plus petit état du monde ou directement Vavau à 612 miles au nord du Royaume du Tonga.

ancrages à l'extérieur du lagon

Une excellente prévision météo est obtenue en écoutant sur la BLU l’un des « nets » de voiliers américains, ces derniers étant nombreux dans la zone( Gary’s net sur 12353 à 18h UTC). Se renseigner en Polynésie.En une demie heure, on bénéficie d’une description journalière complète de la météo marine des Tuamotu à l’Australie, avec l’évolution et les prévisions issues des « grib files » pour chaque traversée inter île. 

                                                                                     baleine à bosse et son baleineau

Les eaux de Palmerston  

Tout d'abord, précisons que de la Polynésie à la Nouvelle Calédonie, les eaux environnantes sont le lieu privilégié de migration des baleines, qui viennent mettre bas dans les eaux chaudes durant l'hivers austral et repartent à l'approche de l'été. Même à l'ancrage à Palmerston en extérieur du lagon, beaucoup de voiliers ont eu le plaisir de voir une baleine à bosses passer le long de leurs coques et repartir en eaux profondes. Au Tonga, où elles se regroupent très nombreuses entre les îles, certains clubs de découverte vous proposent de nager avec elles. Ce sont des moments inoubliables.    

Les habitants de Palmerston pêchent régulièrement thons, daurades coryphènes ou thazards le long des côtes, et leurs lignes sont régulièrement coupées par des requins de grande taille.

A l'intérieur du lagon, la richesse en poissons semble inépuisable. Pêchés seulement par les gens de l'île, carangues, mérous, et  poissons

perroquet atteignent des tailles impressionnantes

. En une heure de pêche au filet, une embarcation a ramené plus de 80  perroquets de 30 à 80 centimètres. Aucun cas de Ciguatera n’a été détecté, ce qui est une vraie performance dans cette zone du Pacifique! Les tortues sont aussi très nombreuses et ont fait l’objet d’études par l’Université d’Hawaï. Les insulaires en collectent parfois pour remplacer la viande qui leur manque cruellement. Les langoustes sur le platier sont abondantes..                                                            visiteurs très curieux/photo courtesy of "citoyen du monde"

Attention néanmoins pour la pêche sous-marine, surtout au moment de la tombée de la nuit.  Lors d'une baignade en fin de journée, vers 18:30, je pars explorer en palmes, masque, tuba les grosses patates de corail qui environnent notre bateau. Emerveillée par la densité de poissons, je m'éloigne un peu malgré la lumière qui faiblit et le sable en suspension qui réduit la visibilité. Quelle surprise de voir apparaître en un instant 4 requins gris de 2 à 3 mètres nageant droit sur moi, et se mettant à tourner nerveusement. Malgré mon habitude de la plongée, leur approche soudaine et leur totale absence de méfiance face au nageur me sidère. Ils viennent toucher mes palmes et me repoussent vers le massif corallien; inutile d’insister!

Je ne suis qu'à moins de 300 mètres de la plage dans seulement 5 mètres d’eau, hors ce type de requins a pour habitude de rester à l’extérieur du récif, en eaux plus profondes. Je sors la tête de l’eau pour appeler Michel qui vient me chercher en dinghy; je ne suis pas sûre qu'ils m'auraient laissés rejoindre le bateau.

Le lendemain, les habitants me confirmèrent la présence très agressive de nombreux requins, particulièrement depuis l'emploi de dynamite en 2000, pour ouvrir les passes de communication et dégager un bateau échoué. Avec l'explosion, beaucoup de poissons de récif moururent, entraînant avec eux une arrivée massive de requins. Depuis, les insulaires ont pour la plupart arrêté la chasse sous-marine. Prudence donc, même si les fonds sont d'une grande beauté.

 

Recette du poisson cru  Palmerston

 Une façon très agréable d’accommoder le thon  et beaucoup d'autres poissons:

 

  mettre à mariner des petits morceaux de thon frais en les roulant dans du jus de citron

-         au bout de 15mn maxi,  presser pour extraire le citron

-         mettre au frigo 1/2h.

-         préparer des oignons, tomates, choux, poivrons en lamelles, un peu d’huile, épices, ail.

-         ouvrir une boite de lait de coco en boite( à défaut d’une noix à râper) et l’assaisonner sel, poivre.

Mélanger au moment de servir. A consommer éventuellement avec du riz.

Par Christine et Michel - Publié dans : palmerston.island
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Mercredi 4 janvier 2006

Economie et organisation de l'île

 L’atoll de Palmerston fait partie des îles Cook, état géré en association avec la Nouvelle Zélande  qui assure leurs relations extérieures et la défense

 La monnaie est le $ NZ et les habitants ont l’équivalent de la nationalité NZ.  Une des  particularités de Palmerston  est un statut juridique (Palmerston Act ) spécial confirmé  lors de la modification des traités entre  les Iles Cook et la NZ en 1954 qui donne la propriété et la gestion de l'atoll à ses habitants.  Ne peuvent y vivre que des descendants de la famille.

Les trois familles descendantes  de William Marsters sont représentées chacune par leur chef et un aide dans un conseil de 6 personnes chargé de gérer l’atoll en dehors des questions de pêche et agriculture qui restent du ressort du gouvernement. Système démocratique mais manquant d’efficacité et de leadership pour certains.  Le quorum est de 4 mais le problème de ces dernières années était l’absentéisme de 3 membres sur six dont le chef,  ceux-ci vivant en dehors de l’île.

Si le conseil prend une décision non supportée par les habitants ceux-ci peuvent s’y opposer et démettre le conseil de son pouvoir sur cette question : ceci est arrivé dans le passé sur les règles de  pêche du poisson perroquet  et de son repeuplement.

Le gouvernement des Cook  par son représentant sur place, Terry Marsters,  essaye de  dynamiser le système.   

L’objectif des habitants est de garder le caractère de l’atoll : ils refusent la construction d’un aéroport, d’hôtels et en règle générale le développement du tourisme, même écologique.

Par contre le passage des voiliers est

                                                                                  emblème des iles Cook

 encouragé  ainsi que des paquebots de tourisme qui ne restent que quelques heures. Malheureusement ceux ci sont peu nombreux : environ 50 voiliers par an pendant l’hiver austral et au peut-être  un  paquebot au mieux.  Plusieurs fois la communauté a été démarchée par des hommes d’affaires poussant à l’indépendance en échange  de droits exclusifs sur des positions stationnaires de   satellites, ou  autre monopole internet à  l’exemple de Niue, le plus proche voisin  de Palmerston et le plus petit état au monde : un îlot de 2400 habitants et 250km².  

La terre appartient à la communauté. Tout membre de la famille Marsters a le droit de recevoir un terrain pour construire une maison mais perd ce droit s’il quitte définitivement l’atoll. William Marsters a laissé des règles strictes de salubrité et d'environnement qui sont toujours appliquées : déblayer et nettoyer la végétation autour des maisons, assainir les nappes d’eau après les pluies pour éviter les moustiques. Pas de chien porteur de maladies ( la lèpre dans le passé) et aussi bouche inutile à nourrir. Attacher les cochons domestiques loin des maisons mais au contraire laisser les poules libres, elles mangent les insectes et surtout les « 100 pieds » venimeux.

Ces règles simples donnent une impression de propreté et calme que l’on aimerait bien retrouver dans les îles voisines de Polynésie envahie par les chiens bruyants et de  Tonga ou chaque maison doit avoir une marche pour garder les cochons domestiques à l’extérieur.     

 Une autre règle laissée par le fondateur est celle de l’arrêt total d’activité le dimanche, y compris se déplacer ne vélo, règle que l’on retrouve dans les autres îles, et qui est certainement sponsorisée par les églises locales, la messe dominicale étant la seule activité tolérée.   

                                                                une brochette de perroquets

 

 Coût de la vie et ressources des habitants

  

Pendant quelques années  la pêche et l’exportation vers Rarotonga et l’Australie de  filets de poisson perroquets congelés ont été une bonne source de revenu : le poisson  restait dans des congélateurs en attendant le passage du prochain bateau  et ramenait environ 10 NZ$ par kilo de filet. L’arrivée de la pêche industrielle( japonaise) et des règles strictes d’importation australienne ont tari cette source de revenu. Ces pêcheurs livrent à Rarotonga le  poisson, principalement du thon,  à 4.5 NZ$ (2.7euros)le kg alors qu’ils sont supposés tout exporter dans le cadre de leur licence de pêche.  

Le problème   récurrent est celui des échanges avec Rarotonga, l’île principale   des Cook située à 400 miles. Actuellement  l’aller et retour d’une personne ou le coût de transport   d’un congélateur sur le cargo qui passe trois fois par an  sont  de 300NZ$.(175euros)

 Certains ont essayé de commissionner un petit bateau local pour exporter le poisson, le « Maria J » visant un  coût de 8 NZ$( 4.6 euros) le kg rendu à Rarotonga la capitale : l’inertie du système n’a pas permit d’aller jusqu’au bout.  Cette inertie se retrouve dès qu’il faut lancer un projet : manque d’expérience des habitants vis-à-vis de la

                   arrivée du cargo

vie moderne, communications aléatoires : il existe un émetteur permettant de téléphoner ou envoyer un email mais il est régulièrement en panne. Ouvrir un compte bancaire est une expérience qui peut durer plus d’une année.  

Ecole de Palmerston

Le gouvernement des Cook aide la population en employant 20  personnes pour des taches administratives diverses : tout d’abord l’école qui accueille une 30 d’enfants en  deux classes, le  bureau de poste/téléphone, infirmerie. La plupart travaillent 10h par semaine.   

 Chaque famille reçoit aussi  une allocation de 60NZ$ par enfant.Le coût de la vie se mesure en dépense pour remplir et importer un container /freezer des produits de nécessité : entre 1000 NZ$( 600  euros) pour 4 mois( la fréquence d’arrivée du bateau) pour une famille de 4.   A cela il faut ajouter l’habillement, l’essence du hors- bord, les pièces détachées etc.. 

 

En dehors du poisson l’île produit peu, même pour une consommation personnelle. Ceci interpelle lorsque l’on vient des îles voisines Aiutaki et Rarotonga qui ont une production de grande qualité de fruit et légumes : banane, mangues, pomelos, tomates, haricot verts, choux, poivrons, etc.. Le climat n’est donc pas en cause. La nature du sol et l’agression des insectes et parasites semble les responsables. Et probablement la nonchalance des habitants. Quelques essais sont en cours ( bananiers, légumes) et nous pensons  que les progrès de la recherche agricole doivent   d’utiliser des graines adaptées et techniques ( goutte à goutte. Un déclencheur est probablement nécessaire : peut être un nouveau Moitessier ou Tom Nesle  qui vivait sur l’atoll voisin ( 400milles) de Suvarov .Pour un yachtie il est facile de comprendre que tout fruit ou légume frais sera le bienvenu après des mois de choux congelé,   

 

Education  

Ce qui frappe dans cette escale c’est le niveau de compréhension de l’anglais des habitants en général comparé à d’autres îles. Héritage de leur ancêtre écossais, l’anglais est la première langue d’éducation, le Maori  parlé aux Cook, la seconde.

Si l’anglais néo-zélandais domine chez les jeunes, les anciens parlent un surprenant Queen’s English..  Ceci   est à tempérer par le fait que les habitants de 15 à 35 ans n’ont pas eu d’école et pour certains qui  n’ont pas voyagé ne savent ni lire ni écrire.                                         

 

Un lieu unique

L’atmosphère de Palmerston est unique et  spéciale. Unique dans le Pacifique ou de nombreuses îles comme celles de la Polynésie Française ont été « détruites » par un état qui a importé des recettes de métropole basée sur les subventions, détruisant le système de  production locale et  délocalisant  les populations dans la  banlieue de Papeete. Sans être parfaite car il est difficile pour des habitants de vivre des années sur un petit espace, il existe une vraie solidarité entre les habitants,

 le plaisir d'acceuillir 

Par Christine et Michel - Publié dans : palmerston.island
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Mercredi 4 janvier 2006

PALMERSTON, L'ILE OUBLIEE

 

Texte complet de l’article paru dans  Voiles et Voiliers de Février 2006

 

Equipage de "Blue Bie " Michel capitaine, Christine matelot,Chloé mousse    

 

 

 

Le Pacifique Sud, vaste territoire maritime, où histoire et imaginaire s’entremêlent au fil des légendes, des contes de Jack London en passant par les livres de Stevenson ou les récits du Capitaine Cook.

Depuis la construction en 1999 de notre catamaran « Blue Bie », un Outremer 43 pieds, nous avions surtout vagabondé en Méditerranée...

En 2001, Michel convoie le bateau jusqu’à Tahiti. Après avoir rempli la caisse de bord, nous reprenons notre route maritime en 2003, accompagnés cette fois de Chloé, notre fille née un an plus tôt à Papeete. Son deuxième prénom, Manutea, l’oiseau blanc des Marquises, devrait être de bonne augure pour la suite du voyage...

L’anniversaire de ses 1 ans, nous larguons les amarres pour partir jouer à saute moutons entre les lagons de Polynésie. Le catamaran nous offre la liberté d’accéder à des ancrages protégés, loin des sites touristiques, et le bébé s’habitue très vite à ce nouvel environnement aquatique. Passée la saison des cyclones, nous reprenons la route en 2004, direction l’Ouest, avec l’Australie en ligne de mire, soit un parcours de plus de 3100 miles..  

 

Blue bie à Bora Bora  photo Olivier Desnoux

Le Coconut Milk Run

L’idée n’est pas d’accumuler les milles nautiques, mais de profiter des arrêts si colorés qu’offre cette zone insolite du Pacifique, mal connue des voiliers français. En effet pour beaucoup la route s’arrête en Polynésie Française, alors que le trajet vers l’Ouest permet de multiplier les escales tous les 3 à 6 jours de navigation, en découvrant des cultures et des paysages très variés. Cette approche de mouillages nomades d’îles en îles, est surnommée le « Coconut Milk Run » ou « parcours du laitier », et permet de jouir pleinement de la richesse des étapes, tout en répondant aux attentes de l’enfant.

Mais le goût du vagabondage doit cependant s’accorder aux contraintes météorologiques dans le Pacifique: l'alternance de l'hiver austral d’avril à novembre, période privilégiée de navigation, avec l'été, souvent synonyme de vents violents, fortes pluies et même de cyclones, oblige tous les voiliers à établir des routes de croisière les menant à l'abri pour la période cyclonique. Par exemple pour les yachties anglo-saxons, bon nombre d’entre- eux finissent la traversée en partant sur la Nouvelle Zélande ou l'Australie, ce qui leur permet d'être dans des pays propices à trouver du travail pour remplir la caisse de bord, et les fait sortir de la zone à risques.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             

 

 Choisir un itinéraire      

                                                                               l'équipage

Tout commence par un article découvert par hasard dans une revue de Tahiti sur un atoll perdu dans les îles Cook, Palmerston. L’histoire incroyable de cette communauté vivant presque coupée du monde nous séduit.  Personne ne connaît, et nous manquons d’instructions nautiques claires pour y accéder, tant mieux, cela semble être une bonne piste de départ!

Nous récupérons par chance un mail enthousiaste d’amis du voilier « Kiwani », vantant les mérites de l’accueil chaleureux des insulaires de Palmerston, où ils ont fait relâche une semaine en 2003. Après quelques données supplémentaires glanées sur Internet, nous voici piqués au vif: il nous faut faire route vers Palmerston.  

 

 

 

 

 

 

 

      baleine "voilier"

 

 

 

 

 

 

 

 

 au portant dans les alizés 

 

 Dans cette circonvolution maritime vers l’Ouest, nous pouvons choisir une route au  nord du  15° Sud assurant une météo plus régulière, de la Polynésie via les Cook du Nord en passant notamment par Suvarov, puis les Samoa Occidentales. Ou bien nous optons pour une route plus Sud, avec Aitutaki puis Palmerston et Nuie, avant de rejoindre les Tonga.

Palmerston constitue l’îlot le plus occidental des Cook du Sud, situé à 200 miles au nord-ouest de Aitutaki. Le peu d’informations disponibles est un obstacle:  seulement 10 lignes vagues de commentaires dans le « South Pacific Anchorages » de Warwick Clay, et les échos divergent sur les possibilités d’accès au lagon. En cas de vent tournant nord-ouest, l’ancrage extérieur principal devient instable, et il faut alors se mettre sous le vent de l’île ou reprendre la mer direction Nuie, prochaine étape présentant les mêmes problèmes de mouillage. Nous avons peur de nous mettre dans un plan de sauts de puces manqués, avec en finale un direct entre Aitutaki et les Tonga, en fonction des complications météorologiques assez fréquentes à cette latitude.

La décision est délicate car tous les navires traversant cette zone sont obligés de jongler avec un temps des plus capricieux due au phénomène de la Zone de Convergence du Pacifique Sud (ZCPS).  Finis les alizés réguliers où la bôme reste sur la même amure pendant des jours, la navigation entre la Polynésie et l’Australie est souvent perturbée. La zone de convergence entre les vents d’est, venant de l’anticyclone de l’Ile de Pâques, et la circulation d’air froid remontant des 40ièmes, précipite des masses d’air parfois très instables, avec la possibilité de rencontrer des dépressions tropicales en plein hiver austral! On appelle cette zone régulièrement  «le cimetière des fronts». L’alizé de sud-est se trouve ainsi régulièrement bouleversé par l’arrivée de coups de vents tous les 5 à 8 jours, annoncés par un nord faible qui forcit très vite à l’ouest puis au sud, la dernière rotation pouvant se faire en moins d’une heure…. Pas très sympathique comme perspective en cas d’ancrage extérieur au récif !

Suvarov avec sa passe facile d’accès pourrait être un choix plus raisonnable, d’autant que cet atoll est un parc national, sauvage et poissonneux, l’un des plus beaux sites de la zone. Oui mais le nom de Palmerston nous fait rêver depuis de longs mois, alors cela donne du courage, et puis allez savoir pourquoi, ces « voileux » ont parfois de drôles d’intuitions… !  

 

 

 

 

 

 

 

                         un grain se prépare

 

 

 

    En route vers Aitutaki, et une traversée peu confortable

Départ de Bora Bora début juillet, par vent de sud-est de 10 /15 nœuds qui nous amène à Mopélia, dernier atoll de la Polynésie. Nous abordons le matin tôt avec un courant sortant de 5 noeuds, par la seule passe d’entrée au lagon formant un impressionnant goulet de 60 mètres. Une nuée d’oiseaux nous survole. A l’intérieur, mouillages superbes et accueil chaleureux par Sophie et Kalami, l’une des 15 familles de l’île. Le poisson est abondant, et la récolte des œufs d’oiseaux facile, juste au-dessus de la ligne d’eau sur la plage pour s’assurer qu’ils soient frais. Après cet arrêt sauvage, nous rejoignons calmement Aitutaki second port d’entrée des îles Cook, sous genaker tangoné. Après avoir patienté sur un solide corps mort extérieur, nous pénétrons dans un long chenal d’une profondeur de 1.4 mètres. Repos dans ce petit port des mers du Sud, très protégé. Le village propre offre des ressources variées, papayes, ignames ou bananiers sauvages, et de la viande tout droit importée de Nouvelle Zélande. Nous parcourons cette île paisible, à trois sur une moto de location. 

Le dimanche 1er août, nous quittons Aitutaki en matinée avec une cargaison impressionnante de bananes, papayes, citron verts, pomelos, tomates, poivrons, et haricots… De quoi ouvrir un restaurant végétarien! L’idée est d’amener le maximum de vivres

fraîches aux habitants de

hiver austral

Palmerston, car les contacts liés à Aitutaki, nous ont expliqué que les apports des voiliers de passage étaient presque leurs seules ressources de frais pendant des mois, l’île n’étant ravitaillée que 3 fois dans l’année par cargo!

La traversée démarre, avec un vent assez faible de sud/ sud-est de 7 à 10 nœuds, faiblissant même à certaines heures. Il handicape la marche journalière de « Blue Bie », qui loin de ses moyennes de 200 miles/ jour dans l’alizé,  tient difficilement 5 à 6 nœuds! Le catamaran est secoué par une houle de travers qui brise l’allure de navigation. Même notre ligne de pêche fait grise mine,  Mahi Mahi et Thon dénigrants l’appât qui avance trop lentement.  En permanence, les houles croisées et courants nous font dévier de notre cap, rallongeant notre itinéraire. Comble de malchance, en voulant tester un médicament contre le mal de mer, je fais une réaction allergique au    

                                                                        une carangue pour la semaine

produit qui me provoque des nausées et vomissements violents pendant plus de 36 heures. Génial la vie en mer… Ecroulée au fond du cockpit, je me jure de débarquer dès la prochaine étape, fini le bateau! J’aurais du me contenter d’un patch derrière l’oreille, qui malgré les premières heures de somnolence, offre ensuite un vrai équilibre de marin. Pauvre capitaine, entre le réglage des voiles, le cap à tenir, le bébé à faire manger et à changer, il se prend à rêver d’un autre matelot! On peut comprendre…Dans la soirée du lundi, je récupère enfin. Michel a finalement décidé d’aborder l’atoll par le sud, contrairement à notre plan de départ, car le vent de nord/ nord-est a faibli, malgré quelques pics à 16 nœuds dans la journée. Nous ne sommes plus sûrs de remonter assez au nord pour passer au large de l’île, surtout de nuit et avec ce courant qui nous rabat au sud en permanence. La nuit commence avec son rythme brisé et monotone de quarts, où chacun évolue dans un monde parallèle. L’un dort pendant que l’autre surveille le bateau, dont les écoutes flottent et se tendent au gré des ondulations de la houle sous la coque. Somnolence euphorique de fin de traversée….. Attention à ces nuits où la fatigue et la joie du but presque atteint font parfois tomber la vigilance. Nombre d’accidents arrivent lors de l’approche d’un atoll, lorsque le bateau au ralenti parcourt ses derniers milles pour arriver au petit matin. Courants et variations de vents réservent souvent des surprises… 

                                                        ancrage sous l'île  Approche de Palmerston

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers 4h. du matin, je me redresse alors dans un paysage féerique. La mer est d’un calme si profond que nous avons la sensation de naviguer dans un décor de cinéma, sorte de piscine hollywoodienne. J’entrevois d’un coup dans un rayon de lune, une frange blanche à tribord au large…. La première côte sud de l’île. Je cligne des yeux, parfois hésitante sur la réalité de cette apparition dans le lointain. Dans le silence, je peux alors percevoir le bruit des vagues qui cassent sur le récif. Ce n’est donc pas le jeu des nuages avec la nuit, mais bien Palmerston, l’île magique qui nous fait rêver depuis de si longs mois. Cette minute est pour moi l’une des plus intenses de toute la traversée:  nous avons tant préparé ce voyage, tant rêvé les étapes, et voici que la vision nocturne violente de cette île surgie de nulle part vient balayer tous nos fantasmes, et nous fait simplement jouir de l’instant présent, comme si nous étions seuls au monde sur les flots avec cet atoll comme unique réalité. On réduit toutes les voiles et on se laisse glisser doucement, afin d’arriver à l’ouest de l’île au petit matin.

Petite angoisse dans le jour qui se lève. On distingue très bien au loin des éclairs et une forte densité de nuages. Une dépression s’avance et explique pourquoi le vent a lentement viré nord depuis le lundi matin. L’allure de cet orage dans le lointain est fantomatique mais ne donne vraiment pas envie de s’y confronter en bateau. Pourvu que nous puissions franchir la passe de Palmerston, car la façade ouest est déjà bien exposée aux vents et à la houle, rendant tout ancrage extérieur intenable. Faudra-t-il s’éloigner au plus vite de l’île…L’idée de rater cet arrêt alors que « Blue Bie » est si près du but nous rend nerveux et inquiets.   

 

 une passe difficile à distinguer

                            Passe et angoisse

A peine 6 heures, Chloé se réveille déjà le sourire aux lèvres, très excitée à la vue de la côte hérissée de cocotiers. Quelques sternes viennent nonchalamment survoler le bateau pour nous observer l’air serein.

Vers 6h.30, nous émettons un premier appel à la VHF en direction de Simon, le chef de la famille dont on nous a communiqué le nom à Aitutaki : « Alpha Sierra, Alpha Sierra de Blue Bie ». Tout bateau approchant de l’île doit être pris en charge par les membres d’une famille, et piloté jusqu’aux ancrages les plus sûrs en fonction des conditions météorologiques. Ca, c’est la tradition, ce que l’on nous a raconté. Mais pour l’instant, pas de réponse.  7h.00 deuxième essai… Bonheur d’entendre enfin une voix nous souhaiter la bienvenue à Palmerston et nous prévenir qu’un bateau vient à notre rencontre. On nous indique un corps mort sur lequel patienter. Une fois amarré, « Blue Bie » se met gentiment face à la houle d’ouest qui se creuse sans cesse, et nous avons alors l’arrière du bateau à moins de 20 mètres du récif.  Pas vraiment confortable pour rester… L’embarcation qui nous a aidé à la manœuvre nous prévient qu’il faut attendre la marée haute pour tenter la grande passe, à 11 heures. A bord, un solide gaillard au visage placide, Paul, entouré de 2 enfants. Leurs regards curieux nous examinent avec attention; de petits signes de main amicaux répondent aux gestes enjoués de Chloé. Ils rentrent se mettre à l’abris car le mauvais temps gagne, et nous nous accordons un break avec petit déjeuner à la clé. Le regard se perd sur la barrière de récifs derrière nous. Ils ont désigné l’entrée de la passe, mais avec la houle formée et la coloration gris blanc du ciel, nous ne voyons rien. Tout n’est que turbulences aquatiques, écume blanche, sombre platier et coraux apparents.  Nous repensons alors à notre rencontre fortuite d’un pêcheur à Aitutaki, originaire de Palmerston, qui nous avait affirmé

Edward un guide précis et rassurant

que nous pouvions tenter d’entrer dans la passe, puisque son bateau le « Maria J » d’un tirant d’eau similaire au notre, autour de 1mètre, avait pu y accéder par le passé. Hormis cette source d’information, aucun des livres de navigation que nous possédons ne précisent clairement qu’il est possible de passer, et certains recommandent de rester à l’extérieur si l’on jauge plus de 1.20m! Les Instructions Nautiques ne parlent que de « passe pour embarcations »…  Bien, faire confiance «au premier venu», ce n’est pas toujours naturel, mais fini les hésitations, il est 11 heures!

La barque en aluminium revient avec à son bord Paul, son fils John, et un autre pêcheur au puissant gabarit, Edward. Ce dernier monte prestement à bord accompagné de John, et nous explique fermement la conduite à tenir. Il se place à la proue et à l’aide de signaux manuels très stricts, nous indique sous quel angle aborder la passe, et comment louvoyer ensuite au plus juste entre les patates de corail et les remontées de fond. L’embarcation de pêche ouvre la route et nous voilà partis… Une bonne confiance dans ses moteurs et des nerfs solides sont recommandés pour les premières minutes. Le capitaine ne parle plus, un peu pâle sous le bronzage semble-t-il. Sa main crispée sur la barre franche, le regard fixé sur ce guide providentiel et quelques coups d’œil nerveux au sondeur, il suit les instructions à la lettre, en espérant que ces hommes si décidés, ont pratiqué ce genre d’entrée au jugé plus d’une fois avant nous, et avec des bateaux similaires!!!

De son côté, Chloé est déchaînée: ravie d’arriver et de sentir de l’activité et du monde autour d’elle, elle ne cesse de remuer et de vouloir gagner le trampoline pour profiter de la vue. Sur le siège de navigation ou je la tiens dans mes bras, je vois à moins d’un mètre de la coque la ligne du chenal découpé dans le platier. Cette saillie corallienne défile le long du bateau,  impression irréelle et angoissante de sentir les rochers à portée de la main.

Oui c’est bon, passe franchie, le sondeur est stabilisé à 1.20m ! Les yeux rivés sur le flan du navire, je vois enfin le bleu turquoise envahir l’étrave, quel bien-être…Après un labyrinthe de corail, on aborde un site d’ancrage à moins de 200 mètres de la plage du village. L’endroit est très beau et abrité, mais la multitude de massifs coralliens ne permet pas au bateau d’éviter sur son ancre.  Nos guides prennent les choses en mains, et nous aident à fixer cinq amarres sur les différents coraux. On verrouille rapidement toute rotation du bateau, tout en sachant qu’il faudra le tourner manuellement à chaque changement de vent.  « Blue Bie » se retrouve écartelé entre ses amarres, à quelques mètres des masses grises des vastes coraux qui lèchent la surface. ancrage sur le corail

Une fois au calme, nos guides repartent, en nous conviant immédiatement à un déjeuner préparé par leurs épouses.

A cet instant, quand les moteurs sont coupés et que le calme à bord est revenu, c’est une joie décuplée de découvrir de l’intérieur la splendeur de cet atoll. Les verts et les bleus se déclinent à l’infini dans le lagon bordé par cette étroite terre, où les cocotiers penchés frôlent l’horizon de leurs têtes hirsutes. Emeraudes et turquoises se mêlent en une délicate harmonie qui efface la présence de l’homme.

La perspective de se sentir désormais à l’abri, en pouvant vagabonder sur cette île et apprendre à connaître ses habitants, nous procure un vrai bonheur immédiat. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 l' ancrage rêvé depuis longtemps

 

 

 

   Sur un air de famille

Accueillis par la famille de Simon dès le premier jour, commence alors un cérémonial de déjeuners quotidiens incroyablement riches, délices de notre mémoire. La nourriture est excellente, fournie en abondance: Thon cru au lait de coco, Wahoo grillé, friture de Perroquet, donuts, pudding de coco, salade à base de choux, carottes ou tomates. Mais surtout, il y a la présence naturelle de toute la famille, des enfants aux grands-parents et cousins, réunis pour fêter l’arrivée des yahties! On discute, on mange, on rit, comme si l’on connaissait cette famille depuis des années. Le très bon niveau d’anglais des insulaires est un facteur facilitant grandement la communication; chacun s’exprime sans retenue, questionne avec le sourire. Chloé restée sur ses gardes au moins deux minutes ( !), virevolte maintenant d’un enfant à un autre, court, grimpe, et découvre ce lieu    

                                                                                     le plaisir d'acceuillir

qui  va devenir pour elle un formidable terrain de jeu durant le mois qui va s écouler. Nous ne pensions pas rester si longtemps… De fêtes en activités, de séances de pêche en soirées, le temps va filer, nous donnant l’impression de faire partie de cette grande famille.  

 Le parrainage, une longue tradition 

le plaisir de donner

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le parrainage des voiliers de passage est une longue tradition de Palmerston, remontant aux bateaux de commerce à voiles qui approvisionnaient l’île au 19ième et début du 20ième.  La relation repose sur le partage et l’échange. Il faut bien comprendre que ses habitants vivent totalement isolés, sans aéroport, et avec seulement 3 livraisons de cargo par an!

Mais cette démarche résulte d’un choix volontaire, lié à la fierté d’être membre de la communauté des Marsters, fondée par un charpentier de marine écossais venu s’installer là avec ses 3 femmes polynésiennes en 1863, afin de planter des cocotiers et de collecter des bêches de mer pour le commerce avec l’occident. Donnant naissance à 26 enfants, William Marsters instaure très vite des règles strictes de fonctionnement, afin d’éviter tout conflit au sein de sa lignée. Il divise l’îlot principal en 3 parties, attribuant chaque partie à l’une de ses femmes et sa descendance. Malgré cette polygamie, il inculqua un respect des règles chrétiennes, et définit une série de lois régissant le bon fonctionnement de l’île, tant sur le plan du mariage que sur le plan de la salubrité ou de l’aménagement du territoire. Aujourd’hui environs 70 personnes vivent sur l’île, dont 45 enfants, et on estime que plus de 2000 personnes directement issues des 3 clans Marsters habitent dans d’autres pays, notamment en Nouvelle Zélande.

Au vu des conditions parfois difficiles de vie sur place, le dynamisme et l’opiniâtreté de cette communauté sont un modèle d’équilibre et de réussite. La pêche a longtemps été leur ressource principale, la richesse du lagon leur permettant d’exporter des poissons Perroquet en grande quantité, notamment vers l’Australie.

Mais une partie de cette existence est aussi liée à l’arrivée des bateaux. Chaque maison a son indicatif et utilise la VHF comme réseau de téléphone, et cellule de veille permanente sur le 16. Pendant un gros orage, vers 1h du matin, Marida, voilier hollandais ancré à l’extérieur, a rompu l’amarre de son  corps mort  se retrouvant  coincé par l’avant dans le tombant du  corail avec une amarre prise dans son hélice. L’appel sur le 16 a mobilisé de suite des barques de pêcheurs de l’île, et Marida doit son salut à la remorque rapide du bateau en pleine mer. Sans cette veille permanente,  l’échouage aurait probablement dégénéré, car avec la houle extérieure ce jour là, le bateau aurait été définitivement drossé sur le récif.  La veille radio permet aussi aux familles d’être alertées de l’arrivée d’un bateau. Elles se lancent alors dans une course au voilier, les premiers sur le site, ayant la charge et l’honneur d’accueillir l’équipage durant son séjour.   

 Une communauté au naturel

coucher de soleil

Dès le lendemain de notre arrivée, le séjour sur l’île s’organise, et nous avons bientôt sur pied un agenda de ministre:  visite de l’atoll, de l’école, partie de volley-ball sport national de l’île, messe du dimanche matin

 pour les plus courageux, sortie en mer ou dans le lagon pour pêcher, séances de confection de l’artisanat local, particulièrement les chapeaux et éventails en niau (noix de coco bouillies) mais aussi en bois sculpté, notamment par les mains expertes de Paul….  Tout est fait pour vous laisser apprécier leur mode de vie, et c'est naturellement que les échanges de savoir-faire, de compétences ou de matériels se font. Ils sont toujours là pour aller chercher en dinghy les équipages sur les bateaux ancrés à l’extérieur du récif, même si l’essence est un produit cher et crucial pour leur survie. Ils vous emmèneront volontiers chercher des langoustes sur le platier, ou relever les filets saturés de poissons Perroquet ou de Mérous aux tailles impressionnantes, et vous les faire griller pour le dîner.

En retour, chacun cherche à aider à sa façon: en plus de l’apport de fruits et légumes, denrées de luxe sur cette île, nous profitons aussi de cet arrêt pour effectuer une grande opération d'allègement du bateau! Des jouets de Chloé en surplus, aux vêtements bébé en passant par les outils ou les masques en trop, tout

les yachties au travail

est distribué et grandement apprécié. Un médecin embarqué comme équipier sur un catamaran canadien fera une semaine de consultations gratuites au dispensaire. Le capitaine de ce voilier leur confectionne une petite scierie à partir d’une tronçonneuse, permettant de débiter des cocotiers en planches, pendant que certains dégrippent les volets de l'école au WD 40, et que d’autres cuisinent à bord pizza, gâteaux ou salades variées! Un après-midi nous plongeons en bouteilles sur leurs corps morts extérieurs, afin d’en vérifier la solidité. Je prends plaisir à passer du temps en compagnie des enfants, en donnant quelques cours à l’école sur les dangers de l'apnée, la biologie marine ou les menaces de l'environnement. Une équipière de Namibie leur fait visualiser un superbe diaporama sur les animaux d'Afrique; Que de rêves de savane pour ces enfants du Pacifique ! Enfin, nous participons tous à l'assemblage de nouvelles chaises et tables pour l'école, les boites à outils de chacun devenant un instant de vraies malles aux trésors…

J’en arrive presque à oublier l’attitude pénible d’une équipière américaine, débarquant avec 3 appareils photos et 2 caméras, et qui, après 5 jours en compagnie de nos hôtes, déballe sans retenu des colliers et boucles d’oreilles en coquillages, en affichant très ouvertement les prix, de 5 à 10 dollars! Quelle méprise ou quelle sottise? Je ne me rappelle que de la colère contenue des femmes de notre famille…

Je ne pense pas qu'il existe encore beaucoup de communautés comme celle-ci, où la relation entre les gens du voyage et les habitants repose sur un véritable équilibre humain, direct et chaleureux, tout en demeurant extrêmement pudique. 

                                                                             Fithtieth  et Edwards Marsters 

Cela suscite un vif respect, en l’envie de voir cet héritage se perpétuer pour les futurs voiliers de passage… Le temps a passé, Chloé a aujourd’hui presque 3 ans et demi. On m’avait dit que les petits enfants n’ont pas de mémoire…

Pourtant Chloé, tu me parles souvent de Sam et Nga, les deux anges gardien de 7 et 8 ans qui te prenaient en charge dès que tu posais le pied sur la plage. Tu étais devenue la petite mascotte blanche des enfants. Ils te géraient comme une petite sœur, un peu plus maladroite et parfois plus coquine que les leurs. Les balades dans les rues du village, les séances à l’école maternelle, les câlins dans les bras des grands-mères, les chants, les expéditions sur les plages pour siffler dans les coquillages et faire sortir les Bernard l’Hermite…En puis, quand tu étais fatiguée, il y avait toujours un enfant pour te porter, quand tu avais soif,

Chloé et "sa soeur" Sam

toujours un garçon un peu fier pour grimper au cocotier et t’ouvrir une noix fraîche. On a pu aller plonger avec papa, et partir sous l’eau de longs moments en te laissant au sein de la famille. Fiftieth, Shirley ou Kai, il y avait toujours une maman pour te surveiller. Tu ne parlais pas anglais, et à peine français… Tu as pourtant plus échangé que dans beaucoup d’endroits que tu fréquenteras dans ta vie!  Là bas, les enfants pensent encore à toi, il y a ta photo sur le mur de la classe. On a promis à Sam que tu resteras sa petite sœur… On va la suivre, malgré le temps et la distance, et puis un jour prochain, peut-être, tu la retrouveras….

 Tu vois le bateau c’est la mer, les vagues le vent, les oiseaux, les poissons, parfois le mal au ventre, et puis c’est aussi tout simplement, presque par hasard, de jeter l’ancre dans un endroit béni des dieux, une petite lentille de sable et de corail, perdue entre les Tonga et la Polynésie.

                                                _______________________

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Christine et Michel - Publié dans : palmerston.island
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